Fleur de mai

Lorsque le sens des mots s’inverse et se remet en place, lorsque la réalité et le rêve s’entremêlent, son énergie vitale s’estompe lentement. Ses pensées se brouillent, son cœur se morfond du mal que les autres lui font sans le savoir.

Elle divague, se perds, elle est prise entre le rêve et le délire.

Et malgré cela, la Fleur est solidement encrée au sol.

Elle sait qu’elle va mourir. Elle n’a pas peur.

La Fleur renait chaque printemps, comme les feuilles dans les arbres. Elle renait chaque année dans toute sa splendeur, jusqu’au moment où le froid de l’hiver menace de l’emporter

Elle n’a pas peur.

Elle sait qu’elle reviendra, plus belle et plus forte encore. Elle se cachera, seules les taupes sauront où la trouver. Elle se sentira seule, mais elle sait ce qui l’attendra au printemps.

Elle se souvient, parce que les fleurs sont celles qui ont le plus de souvenirs. Pas de mémoire, juste des souvenirs. Elle sait qu’un jour, quelqu’un viendra la cueillir, elle ne sait juste pas quand.

Elle se cachera, et se fera sentir de nouveau à la Lune des Fleur.

 

Cloé Decelles

Fleur de mai

Plainte funestre

Lame tranchante d’une feuille
Arbre à la pureté souillée
Cœur transpercé

Fines larmes du ciel éclaté
Lueur éteinte d’une ancienne vie
Étoile filante à nos pieds

Pluie tourbillonnante dans le vent insatiable
Vertes feuilles tombées au combat
Nudité éphémère du géant de bois

Triste plainte au fond de la forêt
Tristes sanglots des feuilles perdues
Nostalgie d’un passé fleurissant

Tronc tordu
Feuilles arrachées
Cœur désavoué

 

 

Cloé Decelles

Plainte funestre

Moments fragiles

Cristal de neige
D’un matin fugace
Léger


Le chant d’un oiseau
Dans le ciel déchaîné
Liberté


Rivière débordante
De colère et de rage
L’éveil


Pulsion de vie
Pulsion de mort
Réalité troublante



Excroissance vivifiante
Du renouvellement du monde
Bouton de rose



Entre les arbres des chemins sinueux
La chaleur étouffante d’un matin hâtif
Lever de soleil brumeux


Vent entre les arbres chancelants
Pluie de sérénité sur mon visage
Délice et quiétude



Battements de cœur dans la nuit
Vagabondage des rêves éveillés
Sous les étoiles



Crise des nerfs crispés et douloureux
Panique cérébralement émotionnelle
Seule

Orage déchaîné de cris et de coups
Solitude inespérée dans une accalmie
Douleur



Des nuages d’écume dans le ciel bleu
Lente ouverture de la mer d’azur
Un rayon de soleil sur les Hommes

 

 

Cloé Decelles

Moments fragiles

Ruissellement d’encre

Éclat du matin sur les rocailles de rivière. Luminescence et harmonie, les vagues de couleurs passent, repassent. Tout n’est que calme et lumière, sérénité.


Volupté.


Chaleur de bois brûlant l’écorce fine des bouleaux d’argent dans le bois d’or, glace de mer ténébreusement gelée au creux du monde. Contrastes naturels et éphémères, Vie et Mort.

-Lumière transportant les sens jusqu’au plus profond abysse. Où les questions ne sont plus questions. Où le bonheur du malheureux est à son plus fort. Douce insomnie du désir et de la terreur. Explosion de neutralité.


Le temps file, revient, repart. Au gré des courants héliomarins, les roches brisent les flots comme les gens notre vie.


La lumière existe.


Sans ordre précis, sans trajectoire, sans balise. Elle vient, pars, bouge. Comme si le geste humain, cette volonté propre à notre espèce de tout contrôler, n’était plus.


Abstraction des limites, révolte de nos pairs, indignation des plus faibles contre les plus forts. Vivre, libre, vrai, ensemble.

 

Comme la terre et l’eau. Comme la danse de l’air et du feu.


Fenêtre sur le monde. Le vrai, pas le préfabriqué.

 

 

Cloé Decelles

Ruissellement d’encre

Saule pleureur pleurs-tu?

Dans la noirceur de la nuit, une frêle silhouette se déplace furtivement. Fine comme un brin d’herbe, la peau translucide, la créature agite derrière elle ses petites ailes, fuyant les lueurs qui la suivent de près. Les soldats ne sont pas loin derrière.

Incapable de les semer, elle se met en quête d’un abri, qu’elle trouve après de nombreuses minutes à voleter dans tous les sens.

Un saule pleureur, doyen de son bosquet, dont les longues branches ont souvent servi de rideau pour cacher l’Obscure aux yeux des redoutables fils d’Homme qui la pourchasse.

La fée prend place aux côtés de son ami. Le vent sifflant fait flotter les boucles de ses cheveux, qui s’écrasent contre l’immense tronc de l’arbre. Le cœur lourd, lasse d’être pourchassée, elle cherche protection sous les lourdes branches de son compagnon. Elle baisse la tête et fixe les larmes, qui se fracassent sur les racines noueuses avant de se mêler aux minces filets d’eau amenés par la pluie battante. Depuis des jours maintenant, qu’elle passe d’abri en abri, elle est épuisée.

Elle étend sa main sur l’écorce rude. La caresse, doucement. Elle prend bien soin de ne pas le blesser. Elle trace amoureusement de ses doigts fins chaque crevasse, cicatrices accumulées par l’arbre au fil de sa guerre interminable contre l’avènement des hommes.

Une feuille s’envole au vent, instant de distraction éphémère dans son exploration sensorielle. Délicate et fragile, la feuille de saule a une forme frêle, longue et mince comme une lance transperçant le cœur pleureur de son arbre. Délicate et fragile, comme la créature qui l’observe.

Oubliées les soldats, oublié le danger. Son regard se balade autour d’elle, s’accroche au rideau qui l’entoure. Les longues et fines branches sont parsemées d’étroites larmes coulant vers le sol. De couleur verte, les tendres feuilles se joignent du bout de leurs lianes dans une danse effrénée avec le vent et la pluie. Virevoltant tristement et battant contre le tronc dur et écaillé de l’arbre-mère. De l’arbre-père. La jeune fée revoit la gloire d’autrefois, la splendeur du passé, tournoyer autour d’elle au bout des lianes qui battent au vent. Elle se souvient.

Les sanglots s’écoulant de ses extrémités l’ont fait rêver jadis, rien n’est plus beau que de s’asseoir aux pieds de l’un de ces majestueux géants et d’écouter leur douce plainte. Plus maintenant. Les doux chatons de fleurs se font sentir dès le début du printemps, annonçant du même coup une nouvelle saison de tristesse pour l’arbre maudit. Plus maintenant.

Le ciel déchaîné couvre le silence de la petite créature. Des voix la ramènent à la réalité.

L’arbre ne pleure plus.

Ne reste que ses larmes à elle, et son sang qui coulera bientôt sur les racines du géant.

Ce texte est issu de l’imaginaire de son auteure. Toute reproduction devra se faire avec son accord, et avec une mention de sa provenance. 

Saule pleureur pleurs-tu?